Après quelques jours pour me requinquer à Darwin, je décide de tirer droit au sud pour rejoindre Sydney au plus vite où vit mon ami Guillaume. L’avion n’est pas une option, le train ridiculement cher et le bus à touristes non merci. En plus Alex m’a gavé d’histoires de stop pendant toute la traversée depuis Bali et j’ai bien envie de m’y essayer! Du coup, Alex qui veut aussi descendre, à Melbourne, se joint à moi. Pour ma première balade en stop, je suis avec un pouceux expérimenté, pas si mal pour se faire les dents! Sur la carte, la traversée en auto-stop par le centre de l’Australie semble relativement simple: c’est le désert, il y a peu de villes et a priori toutes les voitures sortant des-dites villes ne font qu’aller à la suivante suivante. En théorie c’est tout bon, reste plus qu’à passer à la pratique…
Darwin – Katherine (312 km)

Direction Katherine!
On prend le bus pour sortir de la ville et nous calons près d’un magasin de guitare où j’avais besoin de faire des emplettes. Alex confectionne la pancarte et c’est parti mon kiki! Bon, pas de bol ça ne marche pas du tout et après une heure et demi d’attente on reprend le bus pour sortir encore plus de la banlieue de Darwin. Le problème en stop c’est bien souvent d’arriver à sortir des villes pour attraper les voitures qui vont le plus loin. Le second spot ne fonctionne pas mieux et après consultation de la carte on marche sous un soleil de plomb jusqu’à une bretelle d’autoroute. Bingo! Peu après une voiture freine brutalement et un VRP du Queensland nous fait monter. Il vend du fil barbelés pour la petite histoire.
Nous allons bon train, tout en descendant le pack de 6 que le chauffeur vient d’acheter et rencontrons même notre premier wallaby (ou alors c’était un bébé kangourou) !
- OOOOOOOOOOOHHHHHHHHHHH
Que l’on écrase dans la seconde suivante.
<SCROUTCH-LE-WALLABY>
– OOoooooooooooohhhhhhhh
J’avais vu le wallaby, mais pas le chauffeur, ou trop tard.
Petit froid dans la voiture, notre ami se fend d’une excuse et balance sa canette de bière par la fenêtre. Australia baby.
Largage à Katherine quelques heures plus tard, on trouve une auberge vite fait, pas grand chose a voir, au lit rapidos. On rencontre 2 mecs dont le boulot est de faire des photographies aériennes pour le gouvernement australien, l’un pilote, l’autre photographie. pas si pire!
Katherine – Tennant Creek (665 km)
Départ tôt, bord de route, Bushee s’arrête presque immédiatement dans son pick-up avec sa grosse barbe et son chapeau de brousse et fait demi-tour pour aller nous déposer à la sortie de la ville. Il nous donne quelques conseils de bushman (genre quel arbre découper à la machette pour trouver de l’eau et comment se faire du thé avec une poignée de fourmis), puis s’en va. 5 minutes après, un Kiwi nous prend à bord: il va passer près de Tennant Creek, il est ingénieur en aéronautique et va chercher sa femme qui arrivera à Cairns depuis la Papouasie, un sacré bout de chemin. On se traverse une partie du désert en alternant du Bob Marley et de la country australienne. Ça biche! On se descend des binouzes en causant, normal. Par rapport à la veille je progresse, je comprends presque la moitié de ce qu’il raconte
Plus ça va, plus les villes rétrécissent. Au milieu de nul part on se cale dans un hostel de Tennant Creek, juste à coté du minuscule hôpital où je sais que mon amie Jo a travaillé il y a quelques années, photo souvenir pour la faire marrer, le monde est bien petit. Coucher de soleil sur la butte derrière. Ouais bon ok pas sur le cul quoi, mais marrant quand même.

On se croirait dans un film...
Tennant Creek – Alice Springs – Premier essai
Le lendemain on se met au bord de la route, le gens passent et nous font tous des petits signes d’encouragements, mais personne ne s’arrête: il vont juste a quelques kilomètres de là puis reviennent, on voit les mêmes voiture 5 fois dans la journée, ça nous fait bien tous sourire. Enfin au début, parce que ça a duré comme ça de 9h à 17h, heure à laquelle on a décidé d’effectuer un repli stratégique à l’hostel. Juste avant on rencontre un vieux auto-stoppeur seul qui veut nous donner des conseils et tente de nous persuader que le stop à 2 on n’y arrivera jamais. Et on est arrivés là comment à ton avis?

Un de ces fameux "Road Train": 3 à 4 remorques, un sacré courant d'air quand tu tends le pouce et qu'il passe sans ralentir
Tennant Creek – Alice Springs – Cette fois c’est la bonne (505 km)
Une journée en plein cagnard ça calme. Dodo tôt et on repart à l’assaut de la route. Notre vieux compère est déjà là, un peu plus loin. Mais ce matin, bingo! A peine le temps de sortir la pancarte qu’une voiture s’arrête à moitié en dérapage. C’est si rapide qu’on a un peu de peine à y croire. On court jusqu’à la voiture, ils vont à Alice Springs! « We go to Alice Springs! » crie la jeune fille assise seule sur la banquette arrière. Son oncle qui conduit grommelle un peu , genre « mais bordel la voiture est pleine où vous voulez qu’on case 2 auto-stoppeurs avec 40 kilos de sacs et une guitare »? Sa femme assise devant, et sa nièce ne lui laisse pas vraiment en placer une et décident qu’ils vont trouver la place. Après réorganisation du coffre, ça passe! On vient de tomber sur notre meilleur lift de la semaine
Un petit coucou ironique à notre compagnon de galère quand on le dépasse et en route pour Alice Springs!
En fait au premier abord on s’est regardé vite fait avec Alex avec un petit sourire en se demandant un quart de seconde si c’était vraiment une bonne idée… l’habitacle de la voiture est noyé dans la fumée de cigarettes, et 2 des 3 passagers sont clairement encore saouls ou très haut perchés en ce petit matin. Mais bon comme dirait l’autre, faut pas y craindre, le chauffeur a l’air clean, et on est déjà surs qu’on va pas s’ennuyer. Kevin, cheveux blancs bouclés et yeux bleus aciers part visiter de la famille à Alice Springs avec sa femme Christie et sa nièce, toutes 2 d’origine aborigènes. Ils font une drôle de bande, bizarrement assortis mais s’entendent clairement comme larrons en foire. Kevin a les mains les plus amochés que j’ai jamais vu et lorsqu’on crève un peu plus tard, et qu’il effectue le changement de roue le plus rapide de l’histoire je comprends vite que monsieur est manuel (bon en plus ya une caisse a outil qui occupe la moitié du coffre). Pas bavard le Kevin, dur de lui tirer un mot. Il s’endort à moitié au volant (ils ont fait la fête toute la nuit) et comme Alex et moi sommes crevés de la journée précédente passée sous le soleil, on reprend tant bien que mal les quarts pour le surveiller… Il a une technique bien à lui pour conduire tout en dormant. Comme la route est bien droite il s’accroche au guidon et ferme les yeux, quand il roupille vraiment la voiture tire à gauche, mord le bas cotés, les pneus crissent, -mes dents crissent!-, et Kevin rouvre les yeux. Fastoche. J’essaie de le faire parler pour le tenir éveillé, mais pas facile de faire la conversation à quelqu’un qui répond seulement par oui ou non.
Heureusement, la plus grande partie du trajet Christie est éveillée et fait l’animation. Ah Christie… on est pas prêts de l’oublier
Elle nous gate de grands sourires dès qu’on rentre dans la voiture, se retourne régulièrement pour nous prendre la main et la caresser tout en nous bénissant de « God bless you ». Elle a le regard un peu perdu, visiblement la gueule de bois, mais bon « We go to Alice Springs! I FUCK Alice Springs! » et ça la fait bien marrer. Et nous aussi. En route, nos hotes nous arretent aux points d’interets touristiques pour qu’on puisse faire la photo. A Devil’s Marble (des gros rochers tout ronds), Christie nous fait la leçon sur des plantes médicinales tout en nous introduisant aux rochers, sacrés pour les Aborigènes. Au passage elle insulte copieusement de blondes touristes qui nous regardent déambuler comme des OVNIs. Une sacrée compagnie qu’on fait! Les touristes s’éloignent, je crois qu’on leur fait peur et Kevin essaie de faire remonter sa femme dans la voiture: « Shut up and come back in the car, you old woman! » et se voit répondre un bon « FUCK YOU » des maisons, et ça les fait bien rire tous les deux, en fait ça nous fait bien rire tous les 5. Ils font un couple complétement improbable et pourtant clairement complice et il est attendrissant de voir le dur à cuire Kévin se soucier discrétement de sa compagne à tout instant, sous couvert de maugréements et bordées d’injures. C’est aussi le seule couple mixte Aborigène/Australien blanc que je verrai de tout le voyage… Ce qui n’a probablement rien à voir avec le fait que lorsque les blancs sont arrivés en Australie ils ont allégrement spolié, massacré et violé les autochtones, en plus de séparer les enfants de leurs mères… ;( L’histoire australienne est relativement méconnue en Europe, mais comme toute colonisation, c’est vraiment pas jojo. Les Aborigènes ont subis un sort très similaire au Indiens d’Amérique.
Bon an mal an, on se fait déposer à Alice Springs, 500 bornes avalées, on a rien vu faire et à coté de notre équipée haute en couleurs, la ville a l’air bien nette et ennuyeuse…
Alice Springs – Uluru (449 km)
Pause d’une journée à Alice Springs pour me reposer et jeter un œil aux annonces de boulot, Alex décide de continuer mais pas de chance et il revient le soir à l’auberge. On décide de repartir le lendemain ensemble (on a tous les symptômes de la bougeotte aiguë. on ne tient pas en place).
Le soir 2 filles arrivent dans notre dortoir, et après les amabilités d’usage on comprend soudain que ces 2 magnifiques blondes aux yeux bleus hollandaises de 20 ans sont des sœurs jumelles. On intériorise un grand éclat de rire: c’est l’incarnation d’un fantasme de 99% de la population mâle mondiale qui vient de débarquer
Elles doivent bien se marrer à observer la réaction qu’elles provoquent sur le gens (mecs)
Bon ça s’est limité à une banale conversation, mais on a interprété ça comme un bon signe pour la journée du lendemain!
Effectivement dans l’après midi on a trouvé une annonce de covoiturage d’un couple allant à Sydney en passant par Uluru, Adelaide, et Melbourne, parfait pour nous. Le lendemain matin on prend donc la route avec Brita et Briby, un couple germano-kiwi qui vient en Australie se renflouer un peu et on file vers Ayer’s Rock. Arrivés sur place on se cale un instant pour observer le coucher de soleil sur Uluru.

Uluru - Ayer's Rock

Le coucher de soleil tente de concurrencer Uluru

Juste en face d'Uluru
On file ensuite se coucher sur un terrain de camping gratuit. On passera la nuit à la belle étoile, harcelés par les musaraignes qui font la fête autour et sur nous. Y’en a même une qui me goûte l’oreille. Aie. Essayez de vous endormir avec des souris qui vous grimpent dessus à tout bout de champ, c’est un bon exercice de self-control
La nuit est fraîche, on sent que la température baisse en allant vers le sud, et ça ressemble bien à notre dernière nuit dehors. Pendant ce temps là B&B dorment dans la voiture, une Ford Falcon, alternative classique au mini-van cher aux backpackers.
Uluru – Coober Pedy (734 km)

Un petit bout de désert.
On repart le jour suivant et les kilomètres se ressemblent beaucoup, c’est le désert et c’est monotone, c’est un peu le principe. On débarque à la tombée de la nuit à Coober Pedy, 700 moutons pour 300 habitants (j’exagère à peine), connu pour sa mine et ses maisons troglodytes. Il y a un seul hostel ouvert, on y va direct et en 2 minutes on parvient à se faire mettre dehors avant même de passer la réception
Le proprio, un grippe-sou barbu l’a mal pris lorsqu’on lui a demandé si on pouvait utiliser la cuisine commune pour chauffer un truc pour nos compères qui dorment dans leur voiture alors qu’on s’apprête à prendre 2 lits en dortoirs. Un simple « non » aurait suffi, mais il joue au vieux con et Briby le lui fait bien remarquer. Echanges d’insultes, bon bah on se trouver un autre endroit où dormir
Après 20 minutes de loose à faire tous les hôtels on atterrit dans un camping où on trouve une chambre à se partager avec Alex pour 40$. 20$ chacun pour une chambre contre 32$ pour un lit en dortoir chez un abruti, on a pas perdu au change!
Coober Pedy à la tombée de la nuit ça donne pas trop envie de traîner, surtout avec les gros chiens qui se baladent. D’un autre coté c’est un trou, j’ai pas eu l’impression de rater grand chose. Mais j’y retournerais bien pour le fun, chez l’habitant cette fois. Ça doit être particulier de vivre ici.

Y'a quelqu'un?
Coober Pedy – Adélaide (843 km)
On revient à la civilisation par une arrivée tardive à Adelaide, première vraie grosse ville depuis Darwin. Avenues rectilignes, pelouses bien vertes, le contraste est saisissant après ces quelques jours dans le nord et le centre de l’Australie. On n’y passe que la nuit, et repartons tôt le lendemain pour Melbourne.
Adélaide – Melbourne (738 km)
Trajet sans anicroche et arrivée de nuit une fois encore à Melbourne. On se pose à l’hostel puis filons au bar avec Alex qui va s’arrêter ici, histoire de fêter cette dernière soirée ensemble. Au bar, on se sent tout petit, pendant plusieurs mois en Asie on avait eu l’habitude de dépasser les locaux d’une tête, ici c’est l’inverse on se retrouve accoudés au comptoir entre des Australiens, des Kiwis et des Maoris qui cumulent régulièrement un quintal et un bon mètre 90. Bon, ils ne sont pas tous comme ça non plus, mais quand même ça surprend. On ferme le bar comme il se doit, Alex nous cuisine des pâtes à 3h du mat’ et on file se pieuter.
Melbourne – Sydney (886 km)
Au petit matin, juste le temps de faire une courte balade dans le centre de Melbourne avant de rejoindre B&B avec qui je finirai le trajet jusqu’à Sydney. Toute la journée sur la route, le casque sur les oreilles, la promiscuité commencent à peser, et on débarque à Sydney à 1H du matin sous la pluie. Briby me dépose à Kings Cross qui est à la fois le quartier des backpackers et le red light district. Et c’est entre les prostituées et les mecs bourrés que je me faufile pour dégoter le seul hostel encore ouvert. Enfin un lit. Je vais pouvoir me poser à Sydney quelques temps, recharger les batteries, reprendre de la motivation pour voyager, et si possible faire un peu d’argent tant que j’y suis. Mais ça j’ai encore le temps d’y penser…
Darwin – Sydney ,3967 km (dont 1500 en stop), encore une belle semaine!
Mon compère a fait son propre récit de cette balade, et il fait de sacrés photos l’animal, argentique noir & blanc et tout tout: Australie – Direction Sud!